Dans cet article, je critique un système encore très présent dans nos entreprises. Certains passages peuvent passer pour des raccourcis, mais l’article étant déjà très long, je n’ai pas tout détaillé. Je n’ai pas donné de solutions toutes faites pour combattre les problèmes de présentéisme car je pense que chaque entreprise à sa personnalité et doit faire avec.

Bonne lecture

Ca bosse dur ! Ca me fait rêver !

Qui dit mieux ?

Voici une phrase trouvée sur le profil Facebook d’une amie qui travaille dans un grand groupe de luxe.

Deux questions me viennent à l’esprit face à ses propos :

Etre présent 12heures par jour, est-ce travailler 12h par jour ?
Peut-on juger la qualité d’un travail au temps passé ?

Dans ce cas, on peut en douter quand on voit l’activité bien chargée de ce profil.

J'aime perdre mon temps sur FB plutôt que de le passer avec mes enfants

Dans la plupart des entreprises, la principale rémunération est jugée au temps passé. Comme si rester tard le soir était un gage de qualité. Ce schéma si répandu est rempli de préjugés qui n’ont pas lieu d’être.

Même si votre contrat ne stipule aucun nombre d’heures, les bonnes pratiques veulent que vous soyez au travail le minimum d’heures socialement accepté.

8h-20h = résultats ?

Si l’on suit la logique de la rémunération au temps de travail plus on reste à son bureau plus le travail accompli sera conséquent. En toute logique l’employé modèle sera celui qui reste tous les soirs jusqu’à 20h.

Doit on faire un maximum d’heures pour bien travailler ?

Cet a priori pourrait être vrai, si nous étions des machines. C’est-à-dire capable de travailler 12h non stop par jour en étant à 100% concentré .Cela doit bien exister ces robots du travail mais ils ne sont pas la majorité.

Ce modèle conduit au présentéisme :

Je fais des heures pour montrer que je travaille beaucoup

Comme si faire des heures de fou était un gage de qualité. Le présentéisme amène à la contre productivité.

Se donner des limites :

Lorsque rester tard au travail devient une habitude, inconsciemment on sait que le travail doit être fait durant ces heures passées au bureau. Lorsque l’on doit effectuer une tâche, nous la faisons généralement dans le temps que l’on dispose. Si j’ai 6 heures devant moi pour la faire, je mettrai 6 heures. Si je n’ai que 4 heures je me débrouillerai pour la faire en 4 heures.

Pour s’en convaincre il suffit d’observer nos façons de travailler ces fameuses 2 heures avant une réunion fatidique, nous travaillons beaucoup plus vite et efficacement.

Dans cette situation nous sommes capables de nous concentrer au maximum pour finir à temps. On va réfléchir à la meilleure manière de faire pour que le travail soit terminé dans le temps imparti. Dans ce cas on en fera moins pour se concentrer sur l’essentiel.

Du présentéisme à la fatigue

Je me suis toujours dit que les bourreaux du travail me faisaient peur. En travaillant jusqu’à des heures « indécentes » nous finissons par nous fatiguer. En nous fatigant physiquement et intellectuellement nous devenons de moins en moins productif. Cette fatigue jouera également sur notre psychologique et inversement. Cela devient rapidement un cercle vicieux. Nous en perdons notre efficacité et notre motivation.

J'en ai marre de la vie, mon patron me fait chier !

Pour faire l’analogie avec le sport, le surentrainement est l’une des première cause de contre performance et de blessures. Essayer de courir 40km par jour pour préparer un marathon, vous finirez loin derrière votre temps espéré.

Mardi matin, mauvaise nuit, le stress vous envahit ces derniers jours. Vous êtes particulièrement fatigué ce jour là. Ne serait-il pas plus judicieux de sortir du travail plus tôt pour aller vous reposer et pouvoir terminer la semaine confortablement plutôt que de rester plus tard et finir toute la semaine sur les nerfs.

A faire de la présence, vous aurez perdu votre après midi à somnoler entre votre travail et votre Twitter et la fin de la semaine sera tout sauf productive et agréable.

Du trop d’heures au burn out

Un ami me racontait une histoire d’un cadre d’une compagnie aérienne :

Un soir en voulant quitter sa chaise, ses jambes ne répondaient plus, en s’aidant de ses mains il s’est levé et s’est littéralement écroulé. S’ensuit une hospitalisation, puis un arrêt maladie de plusieurs mois. En racontant son histoire cette personne n’arrivait même pas à comprendre comment il avait pu avoir un tel emploi du temps durant ces derniers mois.

A ce stade, niveau productivité, on est plus au top. D’une manière générale on peut se demander à quoi bon de se mettre dan un tel état.

L’entreprise n’est elle pas faite pour permettre aux gens de s’épanouir dans un tâche intellectuellement gratifiante ?

Perdre son temps et celui des ses employés

Une amie travaillant pour un groupe de luxe me racontait ses fins de journée. Passé les 18h30 toutes les filles se regardent dans l’open space et attendent de voir la plus courageuse se lever pour partir la première. On fait acte de présence pour montrer que l’on travaille bien. Autant dire qu’à partir de 18h la plupart se tournent les pouces. Une situation absurde qui ne peut satisfaire personne.

Le syndrome de la réunion de réunion

Quand on travaille pour faire un quota d’heures, on finit par devoir justifier sa présence. Participer à des réunions est un bon moyen de faire des réunions qui s’éternisent où le sujet et l’objectif ne sont pas clairement définis.

Combien de fois avez-vous participé à une réunion en vous demandant ce que vous faisiez là ? A écrire des textos, à tapoter sur votre ordinateur en attendant que ça se termine.

Dans ce cas, même dans votre lit à dormir vous seriez plus productif. Au moins vous vous reposeriez et votre cerveau serait frais pour chercher de nouvelles idées.

Ces situations sont inutiles et personne n’y gagne. Vous perdez votre temps et l’entreprise aussi.

En exemple les propos d’un ami lors d’une de nos conversations :

Trop bien demain matin mon responsable m’a collé une réunion à 8h. Une réunion où je vais encore raconter la même chose que ce j’ai mis dans mon compte rendu de la semaine dernière.
Résultat, impossible de me désister (je suis le responsable sur ce projet), j’y suis allé d’une humeur d’ours et après j’étais tellement motivé que je n’ai rien foutu de la journée.

Et si je veux travailler à 6h du matin ?

Lorsque les horaires sont imposés, on impose à tout le monde de suivre le même rythme. Mais tout le monde n’a peut être pas envie de travailler à 9h du matin.

Pourquoi obliger ses employés à faire des horaires fixes ? N’ont-ils pas le droit de vivre une vie à côté de leur travail, pour s’occuper de leurs enfants, vivre leur passion, faire du sport ?

Que le travail soit fait à 6h du matin ou 9h, qu’elle est la différence ?

Un deuxième facteur qui n’est pas pris en compte est celui du ryhtme biologique de chacun. Nous n’avons pas tous le même rythme. Certains sont particulièrement productifs/créatifs le matin alors que d’autre le sont le soir.

Dans les 12 lois du cerveau, John Medina explique que nous n’avons pas tous le même chronotype et que notre productivité en dépend. Aller à l’encontre de ce chronotype créera un déficit de sommeil et un manque de productivité. Il va plus loin en suggérant d’adapter les horaires en fonction du chronotype de chacun.

Pourquoi imposer à une personne de venir travailler tous les matins à 9h si son rythme biologique lui permet d’être plus productive à partir de 6h du matin ? »

Travailler plus pour gagner plus, une injustice ?

Avec un modèle basé sur la valorisation du temps de travail plus vous êtes présent à votre bureau plus vous êtes récompensé.

Comme on le disait plus haut, avec ce modèle si Jean accomplit le même travail que Paul mais que l’un sort à 14h et l’autre à 18h, Jean sera vu comme un fumiste. Pourtant le même travail est fait.

Avec ce système à aucun moment on ne récompensera celui qui travaille plus vite que les autres. Pourquoi Jean devrait travailler autant d’heures que Paul s’il est capable de faire le même travail en 2 fois moins de temps ?

Avec ce système on applaudira ceux qui font de la présence et on montrera du doigt ceux qui se débrouillent pour travailler plus vite que les autres.

Dans un système basé sur le temps de travail comment peut-on récompenser le petit génie avec une tête bien remplie d’idées. Dans ce système on ne prend pas en compte cette facette.

Une histoire de confiance

Dans toutes les relations, j’ai toujours cru à la confiance. N’est elle pas un très fort moteur ? Tout salarié ne demande qu’à ce qu’on lui fasse confiance. Personne ne souhaite qu’on lui parle comme à un enfant. Dans un climat de confiance, on se concentrera sur l’essentiel et les résultats.

D’un côté, l’employé ne perdra plus son temps à se justifier de ses horaires, de ses retards. Il ne passera plus son temps à zigzaguer entre les excuses acceptables pour aller à un rendez-vous chez le médecin. Un poids énorme lui sera enlevé car il ne culpabilisera plus de vouloir sortir d’un système rigide. Tout le monde est gagnant.

Sortir d’un système basé sur le temps de travail

Trouver un système qui récompense les employés autrement que pour leur temps passé derrière leur bureau ne veut pas dire que plus personne ne vient travailler.

Il est évident qu’il serait impossible de supprimer toutes les contraintes horaires. Il s’agit de laisser les employés devenir autonome sur leur emploi du temps. Je crois beaucoup à l’autonomie, cela rend les gens plus responsables et plus donc plus impliqués.

A l’heure où tout le monde a accès à internet et est joignable depuis n’importe où, pourquoi l’espace de travail devrait forcément se restreindre à votre bureau, qui avec un peu de chance est une pièce lugubre et sans lumière. (petit clin d’oeil à 1-Clic qui n’a toujours pas décoré ses bureaux)

Pourquoi ne pourriez vous pas travailler depuis chez vous, à la bibliothèque, au parc ?

Des employés à qui on permet de s’organiser comme ils le souhaitent gagneraient en autonomie et en responsabilité. En contraignant les gens à des horaires fixes, on les infantilise et on les frustre. On ne peut pas demander le meilleur à un employé frustré.

J’ajoute deux articles sur le sujet :